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Ma vie dans un site des personnes déplacées internes

Bambari, capitale de la préfecture de la Ouaka se situe à 314 km de la ville de Bangui. A l’instar des autres préfectures de la République Centrafricaine, elle a connu des crises sécuritaires et humanitaires répétitives. La dernière en date remonte au 05 juin 2021 avec la destruction du site dit de « l’élevage » qui comptait 8375 personnes déplacées internes (PDIs). Les statistiques de mai 2021 mentionnent 14 197 PDIs dont une majorité de femmes et de filles dans la ville.

La vie qui est décrite ci bas est une fiction issue des bouts d’histoires récoltées sur un site de déplacés à Bambari. Elle pourrait être celle d’un père, d’une mère, d’une fillette quelconque, obligée de fuir et qui se retrouve malgré elle dans un site de déplacés. Des bouts de vie d’une existence précaire nourrie de solidarité, de peur mais aussi d’espoir.

1. Mon abri

La guerre a détruit ma maison.  

Avec les différentes crises sécuritaires dans la préfecture de la Ouaka, je me suis enfui avec ma famille. Nous avons été pris en charge par les organisations humanitaires qui nous ont apporté de l’assistance dès notre arrivée sur le site.

Avec les tentes reçues, j’ai construit un habitat sommaire en pailles que je partage avec mon épouse et mes enfants. Cette situation n’est pas facile pour nous car ma femme et moi manquons d’intimité. Lorsqu’il pleut, nous restons debout car l’eau s’infiltre par la toiture. Nous avons également peur de voir nos maisons brulées suite à un incendie qui peut être volontaire ou involontaire.

 

2. Mon enfance

Je ne vais pas à l’école.

J’ai entre trois à six ans. J’aime bien jouer avec mes amis sur le site et accompagner ma mère lorsqu’elle va cultiver. Parfois, quand je rentre du champ, je rencontre les autres enfants de mon âge portant un uniforme scolaire qui disent rentrer de l’école. Il parait qu’on y apprend beaucoup de choses. J’aimerai aussi y aller un jour, car si j’aspire être « un humanitaire », je dois acquérir les compétences et les connaissances qui sont transmises à l’école.

  • La RCA compte environ 1 345 136 enfants et jeunes de 3-17 ans ayant des besoins urgents en services éducatifs dont 1 188 234 enfants non-déplacés, 101 398 enfants déplacés dans les familles d’accueil, 45 298 déplacés sur les sites et 10205 retournés.
  • En plus de la crise sécuritaire, la COVID-19 a poussé à la fermeture de 3 679 établissements scolaires, tous cycles confondus. Par conséquent, 36 997 enfants (18 908 filles) de 3 à 5 ans, 1 168 377 enfants (512 567 filles) de 6 à 11 ans et 165 288 apprenants (62 840 filles) de 12 à18 ans se sont vus privés de leur accès à l’éducation sur l’ensemble du territoire national

Source : Aperçu des besoins humanitaires en République Centrafricaine 2020.

 

3. Mon adolescence

Mes ménarches (premières menstruations)

C’était vers 19 h que nous avons entendu les premiers coups de feu. Des rebelles venaient d’entrer dans notre ville. Ce soir-là, je ne me sentais pas bien, j’étais faible et j’avais d’horribles douleurs abdominales. Avec toute la famille, nous nous sommes dispersés pour fuir. Je me suis ainsi retrouvée toute seule dans la forêt. A douze ans, je me retrouvais toute seule sans famille. Mes vêtements étaient mouillés par les herbes humides qui me servaient de cachette et j’avais cru avoir « uriné » dans mes habits à cause de la peur. Mais en regardant de plus près, j’ai vu que c’était du sang. Apres examen de mon corps, je n’avais pas de blessure. Mon ventre continuait à me faire mal et ma jupe était tachée par du sang. J’avais peur, je ne comprenais pas.  

Errant toute seule et en larmes, une femme m’a aperçue et m’a donné un pagne pour me couvrir. Je pleurais à chaude larme, nous avons discuté et je lui ai dit que je me sentais mal. C’est à ce moment qu’elle m’a dit que j’avais eu mes règles. Elle était gentille et m’a expliqué de quoi il s’agissait et comment faire l’hygiène menstruelle. Elle a coupé un morceau de pagne propre et m’a montré comment je pourrais l’utiliser comme serviette hygiénique. Le jour suivant, les humanitaires sont arrivés, ils nous ont donné des kits de dignité contenant une serviette hygiénique et nous ont donné des informations supplémentaires sur l’hygiène menstruelle.

  • Parmi les éléments composant le kit de dignité que UNFPA RCA offre aux femmes et filles vulnérables, il y a des serviettes hygiéniques qui vont permettre aux femmes et filles qui ont fui la guerre de vivre leurs cycles menstruels dans la dignité.

 

4. Donner la vie

Ma grossesse

Cela fait près de deux ans que je vis dans ce site et je suis à ma troisième grossesse. J’ai vingt-six ans, je vis avec mon mari et mes enfants dans cette petite maison. Je ne travaille pas et je ne cultive pas la terre non plus. Nous vivons essentiellement de l’aide apportée par les organisations humanitaires. Il arrive parfois que je parte dans la forêt chercher du bois que je vends au bord de la grande route.

N’ayant pas une source de revenu et vivant dans la précarité, nous n’avons pas de moyen pour nous rendre dans une structure sanitaire pour suivre une consultation prénatale. De plus, le centre de santé se trouve à 15 km de notre site. Je suis enceinte de sept mois et marcher à pied sur des longues distances devient très pénible.

Toutefois, au niveau du site, il y a une matrone qui assiste les femmes lors de l’accouchement. Elle m’a dit qu’elle pourra m’aider quand le travail commencera. J’appréhende la naissance de mon enfant et je redoute d’éventuelles complications qui pourraient surgir durant l’accouchement. Seul Dieu décidera de mon sort.

  • La République Centrafricaine est le deuxième pays ayant un taux de mortalité maternelle le plus élevé au monde. Ce taux est de 882 sur 100.000 naissances vivantes. Parmi les causes, il faut noter l’absence et l’inadéquate répartition de personnel qualifié pour assister les parturientes sur tout le pays, le plateau technique n’obéissant à aucune norme au niveau des Formations Sanitaires (FOSA) et la dégradation des infrastructures routières ainsi que l’insécurité persistante dans le pays.

 

5. Ma souffrance

Mon inoubliable traumatisme

Sur le site, il y a un homme de 46 ans qui me courtisait à chaque fois que je revenais du champ. J’ai toujours refusé, mais il insistait. Je n’avais jamais parlé de cette situation à ma mère parce que je pensais que si je lui résistais, il allait finir par abandonner. Cela n’a pas été le cas. Un jour une femme que je connaissais m’a demandé de l’aider à porter un seau d’eau dans sa maison. Une fois à l’intérieur de la maison, j’ai vu le même homme qui me faisait la cour et qui me demandait de coucher avec lui. Il m’a aussitôt pris par la main, m’a jetée sur le lit et m’a violée.

Une fois qu’il a fini, je suis sorti en courant, pleurant a chaude larme. J’ai expliqué la situation à ma mère et nous avons décidé de porter plainte contre lui auprès du chef du village. C’était la désillusion, la sentence tombe, le chef du village décide que l’homme devrait payer « les frais de sang » pour m’avoir violé étant encore vierge. L’affaire s’arrêtait là. Je vis cette sentence très mal et comme pour remuer le couteau dans la plait, ma mère décida de prendre l’argent. Elle ne vaut pas mieux que la femme qui m’avait offert sur un plateau d’argent à mon bourreau en contrepartie d’une somme d’argent. Ma dignité est bafouée et je considère que le monde est plein d’injustice.

  • Le Système de Gestion de l’Information sur les Violences Basées sur le Genre (GBVIMS) a enregistré en 2020, 9 216 cas de violences basées sur le Genre pris en charge dont 24% des cas des violences sexuelles soit 2 281 cas.
  • L’impunité dont jouissent les auteurs de viols du fait du délabrement du système judiciaire et les inégalités de genre sont parmi les causes du taux élevé de violences sexuelles en RCA

 

6. Ma dignité

Ma dignité retrouvée

Mon mari a été tué pendant la guerre. Nous avions eu trois enfants. J’ai pris la fuite sans rien sur moi car ma maison avait été brulée avec tous mes biens à l’intérieur (mes habits, les ustensiles de maisons, la nourriture etc). Cela fait six mois que je vis dans ce site et la vie y est très difficile. Nous n’avons pas le droit de cultiver car les terres appartiennent aux autochtones. Les vivres que l’on reçoit ne sont pas en quantité suffisante et nous n’avons pas accès à des soins de santé de qualité dans le site.

Néanmoins, à mon arrivée sur le site, j’ai reçu un kit de dignité qui contenait les accessoires de base dont une femme a besoin dans l’immédiat (un pagne, des sous-vêtement, serviettes hygiéniques, brosse à dent, sandales, savons, lait de corps et un sceau d’eau). Ce kit de dignité est important car m’a permis de me sentir propre et psychologiquement plus stable.

  • En 2020, UNFPA RCA a offert plus de neuf milles kit de dignité aux femmes et filles vulnérables grâce aux ressources mobilisées auprès de partenaires comme la Corée du Sud et le Danemark.

Dans le cadre humanitaire, UNFPA RCA, à travers les fonds reçus par les bailleurs, travaille avec le Gouvernement et ses partenaires pour apporter une assistance aux personnes déplacées en distribuant des kits de dignité, des kits d’accouchement individuels, des kits de santé de la reproduction et offrir une prise en charge des survivant·e·s des violences basées sur le genre. Toute fois, des efforts restent à faire pour améliorer les conditions de vie des personnes déplacées